Iran : le régime des mollahs isolé et affaibli après le retrait américain de l’accord sur le nucléaire
Par Michel Fayad pour Libnanews – 9 mai 2018
Hier, le président des États-Unis Donald Trump a annoncé la sortie unilatérale de Washington de l’accord nucléaire iranien (le Plan d’Action Global Conjoint – JCPOA), conclu en 2015 entre Téhéran et les grandes puissances (États-Unis, Royaume-Uni, France, Allemagne, Russie, Chine). Cette décision, accompagnée de la remise en place de sanctions économiques strictes contre la République islamique d’Iran, marque un tournant géopolitique majeur au Moyen-Orient et sonne le glas des illusions que certains entretenaient quant à l’évolution modérée de la dictature khomeyniste.
Les raisons du retrait : un régime non fiable et dangereux
Donald Trump a justifié sa décision par le constat que l’accord « ne traitait pas des aspects les plus dangereux du programme iranien ». En effet, le JCPOA se concentrait exclusivement sur la dimension nucléaire, en levant des sanctions économiques en échange de restrictions sur l’enrichissement d’uranium. Mais il ignorait des éléments tout aussi cruciaux :
- Le programme balistique militaire : Téhéran continue de développer (localement et au Vénézuéla d'après certaines sources de renseignements occidentaux) des missiles capables de porter des ogives conventionnelles.
- L’activisme déstabilisateur en Irak, en Syrie, au Liban et au Yémen : L’Iran finance et arme des milices chiites et des groupes terroristes, attisant les conflits régionaux et sapant l’autorité de gouvernements démocratiquement élus.
- Le non-respect des droits humains fondamentaux au sein même de l’Iran : assassinats politiques, répression des minorités, emprisonnements arbitraires et absence de libertés publiques notamment pour les femmes.
Pour nombre d’observateurs, le JCPOA avait été conçu comme un « accord technique » sans garde-fous politiques et stratégiques — un cheval de Troie diplomatique offrant une reconnaissance internationale au régime des mollahs tout en lui donnant du temps et des ressources.
Conséquences économiques : pression maximale sur Téhéran
La remise en place des sanctions américaines vise explicitement à étrangler l’économie iranienne afin de forcer un changement de comportement. Ciblant les secteurs clés — énergie, finance, commerce extérieur — ces sanctions devraient :
- Réduire drastiquement les exportations de pétrole iranien, principale source de devises du pays.
- Isoler le système bancaire iranien du système financier international.
- Décourager les investissements étrangers et les échanges commerciaux avec Téhéran.
L’objectif affiché de Washington est clair : faire payer un prix élevé à la République islamique pour son irresponsabilité géopolitique et nucléaire, en le poussant à renégocier un accord plus large qui inclurait non seulement la question de l’arme atomique mais aussi les missiles balistiques et le rôle régional de l’Iran.
Défaillances européennes et limites du multilatéralisme
Bien que la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni affirment leur volonté de préserver le JCPOA, leur engagement reste timide face à la pression américaine. Les entreprises européennes, redoutant les sanctions secondaires américaines, commencent à réduire leurs opérations en Iran. Cette volte-face illustre un fait géopolitique : sans la puissance économique et militaire américaine, un accord international ne pèse guère face aux intérêts stratégiques d’une dictature.
Le dilemme de l’Europe est patent :
- soutenir un régime islamiste qui défie les normes internationales,
- ou s’aligner sur une politique de coercition qui pourrait provoquer une escalade avec Téhéran.
Cette hésitation européenne renforce l’idée que le multilatéralisme sans moyens de coercition crédibles reste une coquille vide.
L’Iran face à la pression : une stratégie contradictoire
Le régime des mollahs, malgré l’agitation patriotique autour du retrait américain, a peu de leviers pour répondre efficacement :
- Accélérer le programme nucléaire ? Cela risquerait une confrontation régionale plus large.
- Augmenter son soutien aux milices régionales ? Cela l’expose à des sanctions supplémentaires et à une pression encore plus grande de la part des États-Unis et d’Israël.
- Recourir à des mesures économiques internes ? L’économie iranienne, déjà fragile, manque de marge de manœuvre.
En réalité, le retrait américain expose les contradictions fondamentales du régime iranien : sa dépendance au pétrole, son besoin de capitaux étrangers et son isolement diplomatique.
Vers un nouvel ordre régional ?
La décision américaine pourrait précipiter plusieurs conséquences géopolitiques :
- Renforcement du rôle d’Israël et de l’Arabie saoudite comme acteurs clés. Ces États considèrent tous deux l’Iran comme la principale menace à l’ordre régional.
- Reconfiguration des alliances : les pays du Golfe pourraient se rapprocher davantage de Washington, intensifiant coordination et partage de renseignements, et même d'Israël.
- Pression accrue sur les organisations pro-iraniennes dans les zones de conflit, notamment au Liban et en Syrie.
Ces évolutions suggèrent que l’ère de la gestion diplomatique tiède du dossier iranien est terminée. La politique de pression maximale inaugurée par Trump pourrait bien forger un nouvel équilibre régional, plus favorable aux intérêts de l’Occident et des populations (et notamment les femmes) cherchant la liberté face aux dictatures.
